La place de la Théorie des Jeux dans l'évolution compositionnelle de Xenakis

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22 mai 2014 à 14h00, Petit Amphi de Mathématiques, au RdC du bâtiment de l'UFR Mathématique et Informatique, 7 rue René Descartes, 67000 Strasbourg.

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Benny Sluchin

Tromboniste, IRCAM

La place de la Théorie des Jeux dans l'évolution compositionnelle de Xenakis


Vidéo de la conférence


Dans la recherche de l'organisation basée sur des théories mathématiques, Iannis Xenakis fait usage de la théorie des jeux. Trois œuvres sont composées avec cette idée en tête : Duel (1959), Stratégie (1962) et Linaia Agon (1972). L'application de la théorie dans le cas de la dernière œuvre sera examinée, bien que les mêmes principes peuvent être appliqués sur les deux autres œuvres[1].


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À la suite de cette très belle conférence (organisée par Nathalie Hérold du labex GREAM, qui anime le département Musique et Art du CNSC Strasbourg), une table ronde fort intéressante a réuni Benny Sluchin, Athanase Papadopoulos de l'Institut de Recherche Mathématique Avancée et Anne-Sylvie Barthel-Calvet du CRULH (Université de Lorraine) et de l'Équipe Analyse des Pratiques Musicales de l'IRCAM.

Elle a donné lieu à de nombreuses discussions sur la mise en œuvre des duels et la notion d'interaction entre les musiciens eux-mêmes, ce qui a permis d'évoquer des projets d'interaction musicale entre de nombreuses machines dans le cadre de l'informatique en nuages, très pertinente dans le cadre des systèmes complexes. En effet, alors que l'interaction se réalise au moment de la performance instrumentale, elle a déjà été pensée en amont par le compositeur, en faisant appel à l'outil mathématique constitué par la théorie des jeux.

Cette notion d'interaction entre entités indépendantes, qui est caractéristique des systèmes complexes (musicaux ou autres), pourrait constituer un premier grand axe de réflexion de l'équipe-projet Musique et Sytèmes Complexes. Elle a déjà été abordée lors de la conférence Interaction symbolique, improvisation, créativité artificielle en musique de Gérard Assayag et Georges Bloch le 6 février 2014, intitulée. Elle a également fait l'objet d'une communication au ICMC 2008[2] par Grace Leslie et Navid Hassanpour, en relation avec la pièce Linaia-Agon. Par ailleurs, l'idée plus générale de jeu/combat, se retrouve dans d'autres corpus musicaux (jeux de gorge inuit par exemple[3]). La table ronde s'est terminée sur le sujet de duels de chants d'oiseaux, émergeant à l'échelle supérieure sous la forme d'un écosystème sonore, révélateur de la biodiversité environnante (cf. conférence TED de Bernie Krause).

Suites

  • Benny Sluchin reviendra à Strasbourg le 6 juillet 2014 pour y donner une Masterclass dans le cadre du Festival Européen du Trombone.
  • Anne-Sylvie Barthel-Calvet donnera en automne (date à préciser) une conférence sur un panorama de l'évolution des théories compositionnelles en relation avec les problématiques musicales qui se sont posées à Iannis Xenakis et à ses contemporains. L'utilisation de la Théorie des Jeux prend tout son sens dans le contexte des interactions entre musiciens pratiquées dans la perspective de la poïétique de "l'oeuvre ouverte".

Biographie

Benny Sluchin étudie au Conservatoire de Tel-Aviv ainsi qu’à l’Académie de musique de Jérusalem et poursuit en parallèle des études de mathématiques et de philosophie à l’Université de Tel-Aviv. Il intègre l’Orchestre Philharmonique d’Israël puis occupe le poste de co-soliste à l’Orchestre Symphonique de la Radio de Jérusalem avant de travailler auprès de Vinko Globokar à la Hochschule für Musik de Cologne, où il obtient son diplôme avec mention. Membre de l’Ensemble intercontemporain depuis 1976, il donne de nombreuses créations (Elliott Carter, Pascal Dusapin, Luca Francesconi, Vinko Globokar, Gérard Grisey, Marco Stroppa, James Wood…) et enregistre Keren de Iannis Xenakis, la Sequenza de Luciano Berio ainsi que des œuvres des XIXe et XXe siècles pour trombone.

Docteur en mathématiques, Benny Sluchin participe aux recherches acoustiques de l’Ircam et enseigne la notation musicale assistée par ordinateur au Conservatoire de Paris (CNSMDP). Passionné de pédagogie, il dirige Brass Urtext, une série de publications originales consacrées à l’enseignement des cuivres. En 2001, Il publie avec Raymond Lapie Le trombone à travers les âges (Buchet-Chastel). Deux de ses ouvrages ont été distingués par le prix Sacem de la réalisation pédagogique : Contemporary Trombone Excerpts et Jeu et chant simultanés sur les cuivres (Éditions Musicales Européennes). Son ouvrage sur les sourdines de cuivres est une référence, et ses recherches sur l’Interprétation Assistée par Ordinateur ont fait l’objet de plusieurs présentations et publications scientifiques.

Bibliographie

  1. Benny Sluchin, LINAIA-AGON: Towards an Interpretation Based on the Theory, Proceedings of the International Symposium Iannis Xenakis, pp 299--311 May 2005.
  2. Grace Leslie, Navid Hassanpour, "A Game Theoretical Model for Musical Interaction", Music Department of the Center for Research in Computing and the Arts, University of California San Diego, 2008.
  3. Jean-Jacques Nattiez, "Inuit Throat-Games and Siberian Throat Singing: a Comparative, Historical and Semiological Approach", Ethnomusicology Vol. XLIII No 3, pp 399 -- 418, 1999.